Le Réseau des Centres de Français Langue Etrangère d’Afrique tient son 1er colloque international

« Langue française, diversité culturelle et intégration régionale », tel est le thème colloque international du Réseau des Centres de Français Langue Etrangère d’Afrique (RECFLEA), qui réunira du 6 au 9 mai 2008 à Lomé de nombreux enseignants, chercheurs, étudiants originaires des différents pays partenaires tels que le Bénin, le Ghana, le Nigeria et le Togo. Ce colloque international se tiendra au Centre International de Recherche et d’Etude de Langues (CIREL-Village du Bénin) – qui célèbre ses 40 ans existence cette année – et à l’auditorium de l’Université de Lomé.

Une conférence de presse a été organisée le lundi  21 avril dernier à 09h00 au Village du Bénin à Lomé, structure qui abrite ce premier colloque international du 6 au 9 mai prochain. A cette rencontre avec les journalistes, on note la présence de la présidente du comité d’organisation du colloque, Mme Patricia Zonvide, du Coordonnateur du RECFLEA, M. Youssef Arrif, du responsable régional de projets de l’Organisation Intergouvernementale de la Francophonie, M. Ould T’feil M’Bareck Sidi.

Pour Mme Patricia Zonvide, présidente du comité d’organisation, ce colloque se veut être « un cadre de savoir faire et de savoir être » pour tous les acteurs de la francophonie viendront confronter leurs expériences ».

Une des attentes de ce colloque, nous a confié M. Youssef Arrif, est de « développer ces échanges entre pays francophones qui offrent des formations et des pays non francophones (anglophones, lusophones, hispanophone…) qui eux ont des besoins en langue française ; ce qu’ils expriment par l’envoi de leurs étudiants. Ce colloque offre ainsi le cadre à la réflexion pour une meilleure organisation et l’amélioration des prestations des un et des autres. »

Institué depuis mai 2006 par les Directeurs des centres d’enseignement du Français Langue Etrangère du Bénin, du Nigeria, du Togo et du Ghana, le Réseau des Centres de Français Langue Etrangère d’Afrique (RECFLEA) est soutenu dans cette initiative par l’Organisation Internationale de la Francophonie et le Ministère français des Affaires étrangères et européennes. Le projet vise à valoriser le rôle du français comme vecteur du développement des relations interafricaines et d’intégration régionale et contribuer à la dynamique réflexive sur la promotion du français et ses usages en Afrique.

Le premier colloque du RECFLEA a pour principal objectif de renforcer les liens linguistiques et culturels entre chercheurs, enseignants et institutions appartenant à l’aire de la francophonie et permettra ainsi une concertation sur les pratiques innovantes mises en œuvre pour des expériences d’enseignement apprentissage du français.

Au centre des discussions, trois axes de réflexion sont prévus à savoir : « Diversité culturelle face à la mondialisation », « Langue française et intégration régionale » et « Aspect de la didactique de l’enseignement/apprentissage du français ».

La participation au colloque reste ouverte à tous les partenaires (formateurs, étudiants, etc.) de la promotion de langue française.

 

Charles Ayetan

 

 

 

Félix Couchoro : Un pionnier de la littérature togolaise

Rendre un hommage mérité à l’écrivain Félix Couchoro et faire découvrir ou redécouvrir son œuvre, tel a été l’objectif principal d’un colloque international tenu à Lomé les 26 et 27 mars dernier, dans l’auditorium de l’Université de Lomé. Organisé par le Département des Lettres modernes de l’Université de Lomé (UL) en partenariat avec l’Association des Bibliothécaires – Réseau Lecture publique, avec l’appui de la Coopération française, ce colloque est placé sous le signe de la commémoration des 40 ans du décès de cet auteur.

Il s’agit pour les organisateurs de « restituer la plume et la vie de Félix Couchoro dans la littérature africaine et togolaise en particulier ». Cet auteur peu connu du grand public et longtemps occulté par la critique a pourtant écrit entre 1929 et 1970 vingt et un (21) romans dont quatre (4) seulement jusqu’à une date récente étaient édités en livres et les autres en feuilletons dans la presse, Togo-Presse notamment. Ces ouvrages aujourd’hui édités, relèvent du patrimoine littéraire togolais et nourrissent aujourd’hui de nombreux travaux de recherches d’universitaires sur le plan international…

Ce regain d’intérêt pour Félix Couchoro a permis de reconnaître que son œuvre est truffée de pertinence sociale, d’ambition esthétique et de diversités culturelles.

Pour le professeur Martin Gbenouga, chef du Département des lettres modernes à l’Université de Lomé, Félix Couchoro « est un auteur suffisamment riche mais pas assez connu. Aussi faut-il mener des actions visant à faire connaître davantage ce précurseur de la littérature togolaise ou mieux, africaine ».

Sous la plume de l’écrivain Comi Toulabor, on peut lire : « Félix Couchoro est un spécimen rare sur la Côte du Bénin qu’il n’a jamais quittée ». L’homme qui a reçu une éducation chrétienne, a été instituteur, journaliste, employé de commerce, agent d’affaires. On ne peut négliger son engagement politique anticolonialiste qui l’a contraint en exil en Gold Coast (actuel Ghana).

Au cours de ce colloque, 16 communications ont été données par des universitaires sur l’homme et son œuvre. Ainsi peut-on retenir que les grandes thématiques développées par Félix Couchoro sont toujours d’actualité : il s’agit, notamment, des questions de famille, de polygamie, de voisinage, de relations entre les individus avec les rivalités qu’elles engendrent. Plusieurs ont souligné la nécessité d’élaborer d’autres stratégies pour faire connaître davantage les auteurs et leurs œuvres, comme par exemple intégrer l’étude des ouvrages et auteurs togolais dans les programmes scolaires et universitaires. Il faut signaler la participation à ce colloque du fils de l’auteur à l’honneur, Edouard Joseph Couchoro, journaliste à la retraite, qui a fait un témoignage sur son père dont il a emboîté le pas dans l’écriture.

Qui est Félix Couchoro ?

Né le 30 janvier 1900 à Ouidah, au Dahomey (Bénin) de parents dahoméens, Félix Couchoro fait ses études primaires et le début de ses études secondaires respectivement à l’école catholique de Grand-Popo et au Petit Séminaire Sainte-Jeanne d’Arc de Ouidah de 1915 à 1919. Il est ensuite moniteur à l’école catholique de Grand-Popo de 1919 à 1924 avant de devenir gérant de la Société Commerciale de l’Ouest Africain (SCOA), d’abord à Athiémé, puis à Grand-Popo de 1924 à 1939. De 1931 à 1933 il dirige le journal l’Éveil Togolais qui deviendra l’Éveil Togo-Dahoméen.

En 1939, des tracasseries policières l’obligent à se réfugier à Anécho (Togo). De 1939 à 1952, il est agent d’affaires à Anécho et se lance parallèlement dans le mouvement de la décolonisation aux côtés des Nationalistes réunis dans le Comité de l’Unité Togolais (C.U.T), parti de Sylvanus Olympio ; il fait parti de l’équipe de rédaction des journaux nationalistes. En 1952, il se réfugie à Aflao au Ghana pour échapper à la répression policière.

Il revient au Togo en 1958, devient Rédacteur au Service de l’Information à Lomé. Il prend sa retraite en 1965 et meurt à Lomé le 5 Avril 1968.

Son premier roman « L’esclave » qu’il a écrit en 1926 a paru en 1929 en France aux Editions de La Dépêche Africaine à Paris. Amour de féticheuse et Drame d’amour à Anécho ont été «édités» par l’imprimerie de Madame P. d’Alméida à Ouidah (Boulevard de la Gare), respectivement en 1941 et 1950. L’héritage, cette peste, le quatrième roman, a paru en feuilleton dans Togo-Presse du 18 février au 16 avril 1963, avant d’être publié en volume autonome par Editogo la même année.

Le critique littéraire Alain Ricard a souligné entre autres, son « socialisme africain » nourri d’un humanisme chrétien à trois branches : « solidarité africaine », « éducation des filles » et responsabilité des élites ».

                        Charles Ayetan

Drame pluriel d’une vindicte populaire/Sentence criminelle, Prince Dubois Onana, Cameroun

Pour son premier long métrage de fiction, on peut dire sans trop se tromper que Victor Onana a donné un coup de maître à travers son film Sentence criminelle. Après sa sortie officielle en salle au Cameroun, Sentence criminelle a l’honneur d’effectuer sa première sortie compétitive au Festival International du Film de Ouidah, Quintessence 2008.

Réalisé en 2007, Sentence criminelle est une fiction de 86 mn inspirée du réel qui embarque le spectateur dans les méandres d’un drame pluriel issu d’une vindicte populaire perpétrée sur la personne d’un jeune footballeur, Ismaël, rempli de rêves. Rêve professionnel mais surtout rêve d’un amour impossible pourtant déjà aux portes du mariage. Le drame de cet espoir est bien montré par les images difficiles de la scène de la vindicte populaire : la population qui par mépris se rue sur le prétendu voleur et le roue de coups et de projectiles jusque mort s’en suive. Et comme si cela ne suffisait pas, le scénario a prévu ce feu qui reste gravé dans la mémoire du spectateur… Ce drame n’est pas isolé. Il est pluriel ; ce que le réalisateur a exprimé à travers le visage défiguré de Sam, fiancée de Ismaël, également brisée dans ses rêves. Drame pluriel, car il s’agit des rêves brisés de plus d’une famille, de la société entière… Drame amplifié par l’impunité, une impunité érigée en principe du plus fort qui consiste à libérer les délinquants grâce à leur lien de parenté avec quelque dignitaire haut placé dans la société.

Le scénario de Prince Dubois Onana est riche de suspense et de rebondissement, sans oublier les belles digressions qui décrochent souvent le sourire du spectateur, parfois même au coeur de scènes dramatiques. Cette prouesse est reconnue par le jury long métrage de la 6ème édition de Quintessence qui a décerné le Prix du meilleur scénario parmi la dizaine de films en compétition.

Il est important de noter le jeu des acteurs qui est remarquable dans ce film, que ce soit du coté « des bons » comme « des méchants ». Ainsi en est-il entre autres de Toni Bath dans le rôle de Sam et de Alain Bomo Bomo dans le rôle de Snake. Les expressions des visages des personnages à l’occasion de plans rapprochés sont également significatives et remarquables dans Sentence criminelle qui a certainement un avenir prometteur.

                                                                                     Charles Ayetan