Fête de la musique 2011 à Lomé

Lonlon Komla Locoh, Président de l’Union Nationale des Artistes et Musiciens du Togo

« Je lance un appel à tous les artistes pour que nous acceptions de nous remettre en cause et pour avoir des produits compétitifs »

Dans le cadre de la 30ème édition de la fête de la musique le 21 juin prochain,  la capitale togolaise sera en fête, notamment à partir de la rue Sous Lieutenant Gnemegnah, en face du cybercafé « Lomé on line ». A cette occasion, voici pour vous une interview de M. Lonlon Komla Locoh, président l’Union Nationale des Artistes et Musiciens (UNAM) du Togo.

Locoh Lonlon Komlan

Comment organisez-vous la fête de la musique 2011  à Lomé ?

A Lomé, tout le monde sera en fête. Nous avons organisé des émissions au niveau des médias pour informer le public de la fête. Il y a plusieurs jeunes qui s’organisent pour commémorer cette 30ème édition de la fête de la musique. Et nous, au niveau de l’Union Nationale des Artistes et Musiciens du Togo, nous avons choisi la rue Sous Lieutenant Gnemegnah pour organiser un spectacle en collaboration avec le cybercafé « Lomé on line ». Nous avons bénéficié du soutien de la Francophonie pour l’organisation de cette 30ème édition de la fête de la musique qui est placée sous le signe de « La musique au féminin ».

Donc nous serons dans la rue en face du cybercafé « Lomé on line », le mardi 21 juin 2011 à partir de 15 heures et ce, jusque tard dans la soirée. Il y aura une pléiade d’artistes et d’orchestres. L’événement est ouvert à tous les artistes et au grand public. Nous nous organisons de façon que nous puissions avoir des artistes de toutes les générations.

Depuis quelques années, on a l’impression que la fête de la musique a perdu un peu d’ampleur. Avez-vous fait le même constat ? Si oui, pourquoi ce recul ?

La chose culturelle est la meilleure chose à partager. Malheureusement aujourd’hui, la célébration de la musique dans notre pays a baissé d’intensité pour la simple raison que l’accompagnement qu’il faut aux artistes est insuffisant. Les artistes n’ont pas le soutien nécessaire pour organiser cette fête de la musique.

Vous n’êtes pas sans savoir que ce sont les artistes eux-mêmes qui se battent, avec quelques bonnes volontés qui parfois sont en même temps retissantes par rapport à un certain nombre de choses. Dans les années précédentes la fête de la musique était grandiose ; c’est donc faute de moyens que l’on constate ce recul. Mais nous restons optimistes que la célébration changera un peu dans les années à venir grâce au statut de l’artiste et surtout lorsque le fonds d’aide à la culture annoncé par le gouvernement sera fonctionnel.

Quel regard avez-vous sur les difficultés des artistes togolais ?

Ce n’est qu’un regard d’un père de famille qui voit ses enfants en difficultés  et qui cherche les voies et moyens pouvant permettre aux artistes de sortir de cet état. Malgré tous les efforts que déploie le Bureau Togolais du Droit d’Auteur (BUTODRA), il reste beaucoup à faire. Néanmoins, je crois que si nous bâtons davantage et qu’il y a cette volonté d’aller de l’avant que je constate au niveau des artistes, nous pouvons changer cette situation. Quand on a la foi, on doit être sûr que quelles que soient les circonstances et quoiqu’il arrive, on arrivera à un résultat probant. Et je crois que c’est pour cela que nous nous bâtons.

Tout le monde aime écouter la musique. Je lance donc un appel aux bonnes volontés de continuer par nous soutenir et ils nous demanderons de faire des produits de qualités. Eh bien, je voudrais leur rappeler que lorsque les coréens avaient fait le tracteur, la première fois le tracteur faisait marche arrière. Alors, ils ont cherché à savoir pourquoi ça faisait marche arrière avant de trouver que ça doit aller de l’avant. C’est de la même façon que nous aussi nous nous bâtons pour que nos produits soient de meilleure qualité.

Ces difficultés ne proviennent-elles pas d’un manque d’intérêt de l’Etat et peut-être aussi de quelques manquements du côté des artistes ?

Par rapport à l’Etat, je ne dirais pas que l’Etat manque d’intérêt pour autant à la chose. Quand vous voyez tous les textes qui sont écrits que ce soit dans la constitution, que dans le discours programme du premier ministre cet aspect a été touché. Mais malheureusement, les actes ne suivent toujours pas ce qu’on dit.

Pour ce qui est des artistes, j’ai l’habitude de dire ceci : quand tu veux t’asseoir quelque part, il faut aider celui qui est assit là-bas pour qu’il aille de l’avant. Une fois qu’il est allé de l’avant, la place est libre et toi aussi tu peux venir t’asseoir. Mais, j’ai l’impression que les artistes entre eux-mêmes  se lancent trop de flèches. On ne s’accorde pas le soutien nécessaire. On se livre beaucoup plus à des dénigrements de toutes sortes, à des concurrences déloyales. Au point que le temps qu’il faut s’accorder pour un travail de qualité, on le dépense pour des futilités. Et il faut en arriver à passer du temps à régler par-ci et par-là des problèmes qui souvent n’ont même pas de sens.

Alors que si nous parlons le même langage et que nous avons ce soutien, ce soutien que nous essayons de manifester par moment lorsque vous voyez un orchestre quelque part en train de chanter, et qu’un artiste se présente pour chanter, il passe sans problème. Malheureusement, on constate qu’après, cet artiste peut passer derrière l’autre pour chercher à prendre la place que ce dernier occupait. Au point que celui qui veut apporter son soutien, voit que ces gens-là ne sont pas sérieux.

Mais, nous continuerons à sensibiliser contre phénomène pour que ceux qui veulent bien nous soutenir soient vraiment à l’aise de le faire.

Quel conseil donnerez-vous aux jeunes artistes pour améliorer la qualité de leurs produits ?

Nous avons parlé à un moment donné d’une équipe qui sera chargée de critiquer les produits, mais les gens n’ont pas tellement soutenu. Il est très difficile de parler mal de soi. Et les gens n’arrivent même pas à reconnaître leurs propres défauts.

La qualité en elle-même est relative ; elle est relative à telle enseigne que lorsque l’on dit que ce produit est de qualité, c’est par rapport à une norme. Et quand on se réfère à la norme qu’il faut pour reconnaître la qualité et on vous dit que votre produit n’est pas bon, il faut l’accepter et se remettre en cause. Et chercher à améliorer. Malheureusement ont trop pressé.

C’est le lieu d’en appeler à chacun pour que nous acceptions de nous remettre en cause et pouvoir produire des œuvres de qualité, pour avoir des produits compétitifs.

Un appel à l’endroit des artistes togolais de la chanson…

Aux artistes togolais confirmés, je demande de tenir la main aux jeunes artistes qui sont en train d’arriver ; et à ces derniers d’accepter de tenir la main qui leur est tendue pour qu’ensemble nous puissions nous dire la vérité, nous puissions travailler pour que la musique togolaise rayonne davantage. Et que sur les plans national et international, la musique togolaise soit vraiment appréciée.

Enfin, je réitère mon appel de toujours : n’ayez pas honte, soyez courageux, allons de l’avant, ça ira !

Interview réalisée par Charles Ayetan

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