Audiences de la CVJR : Un rude périple vers le pardon et la réconciliation au Togo

 

Les commissaires de la CVJR lors d'une audience

Le long chapelet des témoignages sur les violences politiques dans notre pays de 1958 à 2005 continue d’être égrené au cours des audiences de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR). Démarré le 6 septembre dernier à Lomé, ces audiences ont fait plus de la moitié du chemin.

En effet après Lomé où elles ont débuté, les audiences de la CVJR ont poursuivi le périple respectivement dans les villes de Dapaong, de Kara, de Sokodé, d’Atakpamé, de Tsévié, d’Aného et de Kpalimé, où les commissaires se trouvent actuellement.

Atakpamé

Dans la ville aux sept collines, les audiences de la CVJR ont démarré pour le compte de l’antenne régionale des Plateaux, le 14 octobre 2011 pour prendre fin le mardi 18 octobre 2011. Au cours de la cérémonie inaugurale du 14 octobre, le président de la CVJR, Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan, a déclaré que  » certaines blessures intervenues suite aux consultations électorales sont encore ouvertes à Atakpamé, ville cosmopolite et cité carrefour où les attentes sont encore plus fortes qu’ailleurs « .

Entre autres, les audiences d’Atakpamé ont porté sur les événements tels que : les violences électorales de 1958 à 1963 et les exactions des Ablodé sodja, les violences sociopolitiques corrélatives à l’attentat de Soudou en mai 1992 contre le cortège de l’UFC, les conflits intercommunautaires liés aux déplacements forcés de populations dans la région des Plateaux en 1992 et dans la région de Yoto, les violences sociopolitiques relatives à l’élection présidentielle d’avril 2005, sans oublier diverses violations de droits humains.

A ce niveau, la CVJR lors d’un point de presse a noté que  » les témoignages donnent à voir que les conflits fonciers été instrumentalisés par les tensions politiques qui ont caractérisé le contexte national dans les premières années du processus démocratique. Ces conflits ont conduit à des déplacements forcés de populations avec leurs lots de détresse « .

Avant pendant et surtout après la proclamation des résultats de la présidentielle d’avril 2005, une  » spirale de violences encore jamais vues à Atakpamé  » : les militants de tous les bords politiques munis d’armes blanches et de fusils se sont livrés bataille. Conséquences : des pertes en vies humaines, de nombreux blessés, des déplacements de personnes, des destructions de biens meubles et immeubles.

En somme, la CVJR a examiné en audiences publiques, privées et à huis clos, un total de 57 dossiers relatifs aux événement liés aux troubles sociopolitiques orchestrés lors des consultations électorales par des militants des partis, aux violences intercommunautaires suivie de déplacement de population, aux abus d’autorité, aux interventions des éléments des Forces Armées Togolaise et aux agressions physiques.

A l’analyse de tous ces cas, la CVJR encourage tous ceux qui reconnaissent leur culpabilité et prônent l’esprit de pardon pour une réconciliation

Tsévié

Du 20 au 22 octobre, c’est la ville de Tsévié située à une trentaine de kilomètre au nord de Lomé qui était au cœur des audiences de la CVJR qui a traité un total de 36 dossiers consacrés aux violences politiques de 1958, aux violences sociopolitiques intervenues lors des différentes consultations électorales organisées entre 1993 et 2005. La CVJR a auditionné également des témoins sur des cas de violations des droits humains, de disparitions d’hommes et de succession en chefferie traditionnelle.

S’agissant des violences liées à la présidentielle de 2005, trois (03) témoins et victimes ont relaté les intimidations et exactions qu’ils ont subies, en raison de leurs convictions politiques. Quant aux exactions relatives aux consultations électorales d’août 1993 et de juin 2003, les témoins et victimes ont mis en relief des cas de brimades exercées par des agents des forces de l’ordre ou des miliciens de partis politiques avec l’usage abusif d’armes à feu, d’élimination physique sommaire, de disparition de proches parents, de destruction de biens meubles et immeubles.

La Commission a également suivi le récit d’un gendarme réformé rescapé des camps de redressement d’Agombio et de Kazaboua qui a rapporté des cas de tortures vécues dans les années 1987 et 1988.

Aného

Les audiences de la CVJR ont démarré à Aného le mardi 25 octobre pour prendre fin le 27 octobre au soir. Au cours des audiences d’Aného, la Commission a examiné en un total de 34 dossiers consacrés aux violences sociopolitiques liées aux consultations électorales en 1958, en 1993 et en 2005, à des cas d’arrestations, de détentions arbitraires, des disparitions d’hommes, d’expropriations de propriétaires terriens pour cause d’exploitation des mines de phosphates dans les préfectures de Vo, du Zio et des Lacs, de même qu’à des droits de réponse.

Kpalimé

Samedi 29 octobre, cap sur Kpalimé. Les audiences de la région des Plateaux-Ouest sont consacrées notamment aux incidents intercommunautaires de Bodjé et Medjé en 1991 et 1992, aux déplacements des populations suite aux violences politiques, ainsi qu’aux violences politiques en 2005 sans oublier les violences de 1963.

Il faut signaler qu’à propos des violences intercommunautaires de Bodjé et Medjé intervenues en 1991 et 1992,  » il apparait selon les personnes auditionnées, que les rivalités ont dégénéré à la suite d’un incident regrettable survenu entre deux individus sur un fond de problèmes fonciers entre propriétaires autochtones et métayers allogènes « . Par ailleurs, des brutalités physiques, des arrestations, des détentions arbitraires et des assassinats en raison des convictions politiques, des destructions de biens meubles et immeubles, précédées ou suivies de pillages et saccages, des intimidations et divers abus de pouvoir sont à retenir des témoignages.

Les audiences publiques, privées et à huis clos de Kpalimé prennent fin le 03 novembre 2011 et se poursuivent à Lomé, pour le compte de la phase finale à partir du 09 novembre 2011.

                                                                                            Charles Ayetan

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