La tragédie du Fréau Jardin en audiences publiques à la CVJR

Après sa tournée dans les villes cibles à travers le pays, la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) a repris les audiences publiques, privées et à huis clos à Lomé, la capitale du Togo où les audiences ont démarré le 6 septembre dernier.

Cette dernière phase des audiences commencée le 09 novembre dernier au siège de la CVJR est consacrée à des questions toutes aussi brûlantes que les précédentes. Ce 09 novembre, neuf témoins ont été écoutés en audiences publiques dont deux en différé. Au nombre des événements qui ont fait l’objet desdites audiences, la tragédie du Fréau Jardin.

La tragédie de la place Anani Santos, ex-Fréau Jardin, était survenue le 25 janvier 1993 alors que le Collectif de l’Opposition Démocratique (COD II) avait initié une manifestation « pacifique » pour exprimer son soutien à une mission de facilitation dépêchée à Lomé par l’Allemagne et la France. Au moins dix neufs morts, plusieurs blessées.

Quatre grands témoins ont été écoutés à ce sujet. Il s’agit d’abord de M. Messan Gabriel Agbéyomé Kodjo alors ministre de l’Intérieur, et du Prof. Léopold Gnininvi, président du COD II, qui ont livré leurs versions des faits par le biais d’audiences vidéos diffusées en différé.

Ensuite, ce fut le tour de M. Fanbaré Natchaba, ministre des affaires étrangères au moment des faits et de M. Bamnante Komikpime, député à l’Assemblée nationale, cité par M. Agbéyomé Kodjo dans sa déposition.

Dans un point de presse clôturant les audiences du jour, la CVJR a fait les observations suivantes : « A propos des événements tragiques de Fréau Jardin, il apparait selon les personnes auditionnées, que le contexte très tendu des premières années de l’amorce du processus démocratique au Togo et les clivages qui opposaient le régime d’alors à l’opposition peuvent expliquer les développements regrettables de ce qui ne devait être qu’un marche pacifique. Il ressort aussi que les responsabilités de ce drame restent encore à élucider quand bien même des accusations sont portées contre les Forces Armées Togolaises dont certains éléments constitués en brigades autonomes cagoulées ont pu impunément profiter du contexte pour assassiner des manifestants ».

Le public présent à ces audiences a sans doute fait, de différentes manières, un certain nombre de constats pouvant susciter la réflexion sur le processus de réconciliation en cours dans notre pays.

En effet, s’il y a des points de concordance dans les différents témoignages des grands témoins et des parents des victimes, il faut noter qu’il y a eu aussi beaucoup de « contre-vérités » soulevées par l’un ou l’autre. Des contre-vérités soulignées notamment dans témoignage de M. Agbéyomé, respectivement par le professeur Gnininvi et par M. Komikpime.

La raison desdites contre-vérités, directe ou indexée, réside dans le fait que le témoignage de M. Agbéyomé avait fait l’objet de publication dans la presse, plusieurs semaines avant lesdites audiences. Pourquoi une telle publication ? Etait-ce un choix stratégique ? Difficile de répondre.

Par ailleurs, on avait parfois l’impression que certains témoins cherchaient à convaincre, à prouver, à faire passer « leurs » vérités. Constat qui indispose. D’autant plus que le processus de vérité, justice et réconciliation, devrait conduire à « la vérité » et non à des vérités individuelles, et surtout qu’en pareille circonstance, il est recommandé l’honnêteté des témoins et victimes en vue d’un véritable pardon mutuel entre victimes et auteurs présumés.

Il important de signaler qu’au terme de ces audiences, les commissaires ont rappelé l’engagement de la CVJR à poursuivre les investigations pour contribuer à la manifestation de la vérité dans cette affaire.

Les audiences se poursuivent au siège de la CVJR, sis près de l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique à Lomé, et sont ouverts au public.

Il est important de rappeler qu’après les audiences, des recommandations seront faite par la CVJR afin que le processus de vérité, de justice et de réconciliation consolide les bases de la paix sociale dans notre pays.

                                                          Charles Ayetan

Site officielle de la CVJR : www.cvjr-togo.org

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