Jimi Hope : « Le chemin de la musique, c’est le chemin de la vie »

Auteur-compositeur, chanteur et artiste peintre. La guitare est son meilleur compagnon. Il fait du blues et du rock n’roll. Vous le devinez sans doute, c’est Jimi Hope, cet artiste qui connaît aujourd’hui une carrière internationale incontestable. Au terme d’un séjour au Togo, sa terre natale, il nous a fait l’honneur de nous accorder cette interview à travers laquelle, il partage sa passion, son parcours, ses opinions et ses projets pour la promotion de la musique, de l’art tout simplement.

 

Jimi Hope, auteur-compositeur, peintre

Vous connaissez aujourd’hui une carrière internationale incontestable. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Aujourd’hui, je me suis rendu compte que toutes les minutes et secondes de la vie sont très importantes. Ma route a été longue. Et pour moi, le chemin de la musique, c’est le chemin de la vie. Quand on y entre, on a l’impression qu’on va faire fortune. Mais ceux qui ont fait fortune sont vite partis après. Parce que quand on fait fortune, on entre dans une période où on n’arrive plus à écrire, à composer, à être inspiré et on est rattrapé par des problèmes de tous genres.

Justement, comment êtes-vous arrivé à rester fidèle à votre passion qu’est la musique, pour ne pas changer de chemin ?

Je crois que Dieu m’a beaucoup aidé pendant ma carrière. Il m’a donné la force d’avoir la foi et de comprendre qu’au fond de moi, il vit. Je ne dois jamais perdre espoir et je dois continuer, même dans les moments difficiles, à espérer. Et je pense que c’est pour ça aussi que le nom que je porte, qui est Hope, est lourd de sens, l’Espoir. Espoir d’une génération, espoir de tout un peuple. Je pense que ce sont de grands signes de mon destin.

Aujourd’hui, ce qui me passionne le plus, c’est de regarder autour de moi, puis de voir comment est-ce qu’on peut faire baisser toute cette misère galopante qui continue à graviter autour de l’Afrique ; et ces guerres qui ne disent pas leurs noms, parce qu’elles sont parfois psychologiques, parfois immorales. Nos enfants sont devenus des gens avides d’argent et l’argent est devenu le maître mot du monde. C’est comme le nouveau soleil et les gens n’ont plus de morale. Ils veulent simplement gagner de l’argent quitte à faire n’importe quoi. Même s’il faut tuer l’autre pour gagner de l’argent. C’est une très mauvaise philosophie. Le monde court sans doute vers sa perte si on continue sur ce chemin.

Quel est donc selon vous le rapport entre l’artiste et l’argent ?

Vous savez, je ne pisse pas sur l’argent, parce que l’argent que je gagne au fruit des mes labeurs me sert à acheter le matériel et à pourvoir à certains besoins de la vie. C’est l’esprit qui doit dominer l’argent et non le contraire. Un homme est fait de chair et d’esprit, et la chair meurt mais l’esprit ne meurt jamais. Donc si nous nous laissons dominés par l’argent, ça veut dire que nous avons tout foutu en l’air. Vous savez, quand on parle de l’esprit, c’est le feeling. C’est ce qu’il y a au fond de nous. Quand on coupe la tête à un coq qui chante, on se demande où part son souffle de vie. Ça a disparu mais c’est parti quelque part dans la nature. Et ça c’est le problème que nous ne sommes pas arrivés à résoudre jusqu’à présent. Combien de gens ne sont pas morts en criant dans le cosmos. Que sont devenus ces cris ? Et quand nous pensons à toutes ces choses, en tant qu’artiste, qu’est-ce que nous voulons faire de notre vie et quel est notre devoir par rapport aux autres, quel est notre devoir par rapport à la terre ? Il y a tellement de questions en ce sens que nous devons essayer de ne plus voler les autres, mais plutôt partager avec les autres ce que nous avons.

Il a fallu sans doute beaucoup de courage et d’abnégation pour arriver à votre niveau aujourd’hui. Avez-vous rencontré des obstacles ? Quelles sont vos opportunités ?

Les obstacles, il y en a tellement. Les opportunités, il en existe de toutes sortes pour l’artiste. Mais il faudrait se battre et faire beaucoup attention. En effet, un artiste peut choisir de partir tout de suite avec un politicien pour gagner beaucoup d’argent ou avec une femme qui a beaucoup d’argent. Mais il y a l’art et il y a aussi le vouloir… Il ne faut pas avoir peur de rester à jeun quand on dit la vérité. Il y a beaucoup de gens qui ne veulent pas dire la vérité parce qu’on ne va pas leur donner à manger. En tant qu’artiste, nous devons comprendre que tout est fait à base d’amour et que le monde sans l’amour n’est rien. Le monde ne marchera qu’avec beaucoup d’amour ; la haine doit être proscrite pour toujours de nos actes et de nos pensées.

Jimi Hope chante souvent l’amour…

Oui. Il y a différentes sortes d’amour ; de l’amour filial à l’amour agapè. Mais l’amour demeure l’amour et il faut aimer son prochain, accorder un peu de temps à l’autre comme si c’était soi-même. C’est fondamental.

Quelle analyse faites-vous des crises que connaît le monde aujourd’hui ?

C’est déplorable, toutes ces crises et destructions à travers le monde. Les gens doivent comprendre qu’il faut toujours construire, parce que si les générations passées n’avaient pas déjà travaillé sur la terre, nous n’aurions jamais eu de routes, ni de feux tricolores, etc. Rien ne sert de casser ces choses, quel que soit le prétexte. C’est facile de tout détruire, tout de suite ; mais pas facile de reconstruire. Quand on regarde la Libye, il est évident qu’on va mettre un temps fou et beaucoup d’argent pour rétablir les infrastructures détruites à cause de la folie des hommes. Au lieu de s’asseoir pour discuter, ils prennent les kalachnikovs et tout ce qu’il y a de plus dangereux pour s’affronter. Les dégâts sont énormes et beaucoup d’innocents sont tués. Et s’il faut tout détruire pour reconstruire à ce prix, je dis « It’s too late » (Ndlr, « c’est trop tard », titre d’un album de Jimi Hope). La vraie démocratie doit être la paix, l’amour, la discussion, la communication. Parce que c’est en communiquant qu’on arrive à une solution responsable.

Comment est-ce que vous vivez votre passion aujourd’hui ? Votre agenda.

Vous savez, je vais de route en route, de ville en ville, de continent en continent. Je fais un peu comme le soleil. Je me lève le matin et je sors de ma tanière. Je vais où je dois aller et si je suis fatigué je me couche. C’est comme ça que je vis ma vie aujourd’hui.

En dehors de ça, je peux dire que j’avais choisi de faire de la musique depuis que j’étais petit parce que j’avais cette passion. Mais je n’avais pas compris ce que ça voulait dire. Parce que faire de la musique, c’est un métier tellement compliqué. Vous achetez un lit sans avoir le temps de vous y coucher parce que vous êtes toujours dehors, sollicité ici et là ; les contrats foisonnent et vous êtes constamment appelé à voyager … Vous quittez ainsi votre famille et vous serez toujours seul. Toujours dans une nouvelle vie, dans une nouvelle chambre d’hôtel. A un moment donné, vous pleurez tout seul bien que vous soyez dans un très joli hôtel et les gens viennent faire des photos avec vous comme si vous étiez un objet précieux. Vous savez, le Christ n’a pas fait beaucoup de photos avec les gens et je pense qu’il avait raison.

 

Et c’est là qu’on peut sentir la solitude de l’artiste…

La solitude de l’artiste est ce qu’il y a de plus difficile à supporter. Mais c’est en même temps dans ces moments de solitude qu’il doit créer, qu’il doit aller au fond de lui-même pour trouver les mots qu’il faut, pour dire ce qu’il ressent. Et c’est en faisant ça qu’il communique sa folie à tout le monde, sa façon de voir. L’artiste doit être une lanterne dans ce monde obscur pour ceux qui l’écoutent ou le regardent.

Comment est-ce que vous passez vos journées ?

Je me lève à 3 heures du matin. Je peins ou je compose des chansons. Je me réveille donc souvent en pleine nuit et je commence à travailler. Vous savez, je suis habité. Et quand on est habité par un esprit qui vous  dicte ses lois, c’est en fait ça l’artiste. L’artiste n’est pas quelqu’un qui se lève et fait son bon vouloir. La chose qui vit en vous vous donne des ordres et vous exécutez et vous essayez de transmettre ce qu’il vous passe comme message aux autres. Ce n’est pas facile, parce qu’il y a des moments où on a envie de se reposer. Mais nous sommes comme des « messies » aussi. Nous sommes des « messies » de l’art. Dieu a créé le monde, mais après il a donné le pouvoir aux artistes de créer. Donc après Dieu, ce sont les artistes. L’art est très important dans le monde actuel, que ce soit pour construire une ville, un pays, une idéologie… Imaginez le monde sans l’art, ce sera catastrophique.

Que pensez-vous de la diversité religieuse ?

Je pense que toutes les religions du monde doivent se rencontrer pour trouver  Dieu, pour découvrir ce Dieu commun.  Et trouver un chemin pour se comprendre pour qu’il n’y ait plus de problèmes du genre, moi je suis chrétien catholique ou protestant, moi je suis musulman…

Jimi et la guitare, quelle histoire ?

Moi, je suis chanteur. Au début, je n’avais jamais eu envie d’aller vers la guitare. Mais un jour, j’ai été obligé parce que pour être un bon chanteur il faut aller vers un instrument. C’est ainsi que j’ai opté pour la guitare et j’ai trouvé que c’est un très bon compagnon. Quand je joue de la guitare, je me sens bien. Et la guitare me sert beaucoup au cours de mes compositions, par exemple pour avoir une précision par rapport aux lignes mélodiques et à la rythmique. Et parfois comme je joue d’autres instruments je mesure aussi les tempos pour que les chansons que je compose ne se ressemblent pas.

Quel regard avez-vous sur la musique togolaise aujourd’hui ?

Il y a beaucoup de jeunes qui sont entrés sur la scène musicale aujourd’hui au Togo, parce que ça leur plaît. Mais on se demande s’ils peuvent aller jusqu’au bout du chemin. Car nous qui sommes depuis longtemps sur cette route on se pose toujours des questions, parce que le Togo n’est pas un marché pour la musique. Il n’y a pas beaucoup de gens qui achètent les disques. Or au niveau des artistes qui s’empilent, il y a trop de gens au niveau des médias et il va falloir désengorger, faire un tri, essayer de choisir les meilleurs, leur faire de la promotion et leur faire comprendre que le Togo n’est pas le seul endroit où ils peuvent chanter. Il faut que ces jeunes comprennent qu’ils doivent aller vers le Bénin, le Nigéria et qu’ils prennent l’Afrique comme un marché et pourquoi pas l’Europe. Aujourd’hui, l’Asie est devenue aussi un grand marché pour la musique. Je pense que c’est un réel problème, mais quand on parle de cela aux jeunes togolais ils ne peuvent pas comprendre tout de suite.  Parce que ce qui intéresse les jeunes, c’est de se regarder à la télévision. Et quand tu te regardes à la télévision pendant longtemps et qu’on parle de toi, mais que tu es un artiste sans sou, tu es un artiste soumis. Parce que n’importe qui peut venir t’utiliser comme une cuillère et te jeter après, ou comme la cuillère qu’on voit chez les vendeurs de riz au bord de la route et qu’on lave pour être utilisé par le prochain client.

Je pense aussi que l’artiste doit être sincère dans ce qu’il chante. Ne pas rentrer dans l’art parce que j’ai vu Koffi faire de l’art, donc moi aussi je vais le faire.

Que pensez-vous de la crise sociopolitique en Afrique ?

Man was born in Africa (Ndlr, l’Afrique est le berceau de l’humanité). Mais après il est parti partout. Le peuple noir avait eu son heure de gloire et cette heure reviendra, car c’est une roue qui tourne. Quand on voit l’Egypte et ses pharaons par exemple (je n’ai rien à apprendre aux scientifiques), quand on voit les richesses de l’Afrique, on se rend compte que l’Afrique est un continent béni de Dieu. Malheureusement c’est aussi ses richesses qui attirent toutes les méchancetés sur l’Afrique, des gens qui sont prêts à tuer les Africains pour leur voler tout ce qu’ils ont. Placer des gouvernements à eux, profiter du pétrole, de l’uranium, etc. Il faut que l’Afrique comprenne que ce n’est pas en faisant la guerre qu’on va raisonner ces gens, mais en gardant le sourire, en priant beaucoup et en demandant à Dieu d’aider ces gens à changer leur façon de voir, leur façon d’agir.

Si vous avez un conseil pour ses jeunes artistes.

Ils doivent travailler beaucoup. Apprendre à jouer un instrument, ça je le cri tous les jours, et pourquoi pas plusieurs. Comprendre que ce n’est pas l’ordinateur qui fera la musique. L’ordinateur peut seulement leur permettre de créer. Le live est la musique immortelle. Dans la musique live, il y a la chaleur humaine.

Vous faites du blues, pourquoi ce choix ?

Le blues est la musique que les esclaves ont transporté de l’Afrique en Amérique  à une période où il y a 150 millions d’Africains qui ont été déportés, non pas de leur gré, et il y a 100 millions qui sont morts pendant le parcours. Ce sont donc les 50 millions d’esclaves qui ont survécu qui ont en fait continué à chanter ces gammes pentatoniques venues de l’Afrique et qui sont devenues aujourd’hui  une musique, une musique devenue cosmopolite et toutes les musiques du monde se sont greffées là-dessus. Je pense que l’Afrique  a donné beaucoup et continuera à donner toujours.

Comment vivez-vous la peinture par rapport à votre musique ?

Quand je mélange mes couleurs, je vis des moments où mon cœur bat très fort, où je me sens plus proche de Dieu que des hommes. Quand je touche à la peinture, je sens du sublime, et je réalise que j’ai quelque chose de divin au fond de mon âme. C’est un chemin. Un chemin vers la paix, vers l’amour, vers la victoire.

Des ambitions ? Des projets ?

J’ai beaucoup de projets. Mais aussi, je n’aime plus vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Je préfère demander à Dieu de m’aider à réaliser mes rêves, à les concrétiser pour aider cette jeunesse qui veut aussi faire de l’art, et pour aider mon pays, mon peuple et pourquoi pas l’Afrique et le monde.

Votre mot de fin.

Je remercie tous ceux qui vont lire ses points de vue. Et s’il y a des choses qui les dérangent, je reste disponible et ouvert pour en discuter, pour les écouter.

                                                            Interview réalisée par Charles Ayetan

4 réflexions sur “Jimi Hope : « Le chemin de la musique, c’est le chemin de la vie »

  1. jimi courageux bonhomme vraiment depuis cotonou ou tu as passé quelques fois chez nous.Tu es malgré tout célèbre.

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