« Identité et diversité culturelle » : Quelle place pour les cultures des pays en développement ?

« Identité et diversité culturelle » est le thème d’une conférence-débat qui a été animée le 21 novembre dernier au Goethe Institut du Togo à Lomé par M. Kodjo Cyriaque Noussouglo, expert de la diversité culturelle et gestionnaire du patrimoine culturel. Cette conférence a connu la participation d’un grand public diversement composé de professionnels de la culture, d’artistes, d’étudiants et de chercheurs des secteurs de l’art à la philosophie. Les échanges multiples et variés qui ont suivi la présentation de ce thème dénotent de l’intérêt que représente le thème.

Kodjo Cyriaque Noussouglo

Kodjo Cyriaque Noussouglo

« Si la diversité culturelle est la reconnaissance de l’égal accès de toutes les cultures à la diffusion de l’identité collective faite de toutes les spécificités culturelles, elle présuppose la mise en œuvre des mécanismes aux fins d’harmonie nécessaire de toutes les composantes culturelles des sociétés et des peuples. », a noté l’orateur Cyriaque Noussouglo, au début de sa présentation.

Culture et mondialisation

Le constat est clair. Nous sommes dans une ère de mondialisation où la suprématie de certains pays, de certaines cultures, prime sur le développement des pays en développement sur plusieurs plans, économique, politique, social et culturel. D’où la problématique de ce passionnant débat autour de l’identité et de la diversité culturelle : y a-t-il une place pour les identités culturelles minoritaires ou défavorisées, sur un marché global dominé par les grandes puissances ?

Dans ce contexte, a expliqué le conférencier, il revient aux minorités culturelles et aux petites  identités de profiter des mécanismes d’accès au marché international des biens et services culturels. D’où l’épineuse question des industries culturelles qui occupent une place de prédilection dans le développement d’un pays.

Le Togo dispose-t-il à ce jour d’industries culturelles ou plutôt d’embryons d’industries culturelles? C’est l’interrogation qu’a soulevée l’artiste plasticien togolais Cham lors des échanges qui ont suivi l’exposé au cours duquel le conférencier a abordé les industries culturelles dans notre pays. A ce sujet, les acteurs du secteur culturel togolais reconnaissent qu’un grand chemin reste à parcourir en vue de la naissance et du développement de véritables industries culturelles au Togo.

Des identités culturelles

Outre ce débat autour de l’existence et de l’importance des industries culturelles dans le développement d’un pays, les réflexions et interventions ont également portée sur la notion de l’identité et des identités culturelles. « L’identité se définit comme l’ensemble des valeurs ou tout ce qui fait qu’un individu est lui-même et non quelqu’un d’autre », a déclaré l’orateur, avant de citer Jean-Pierre Warnier pour qui l’identité est « ‘ensemble des répertoires d’action, de langue et de culture qui permettent à une personne de reconnaître son appartenance à un groupe social et de s’identifier à lui ».

Certains participants ont déploré le fait que les identités individuelles et collectives africaines soient noyées, submergées, voire en voie de perdition au détriment de cultures occidentales, parlant notamment des langues africaines, des modes vestimentaires ou comportementaux.

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Le public au cours de la conférence

A ce sujet, M. Noussouglo, dans sa présentation a souligné que la diversité culturelle est la reconnaissance de l’égal accès de toutes les cultures à la diffusion de l’identité collective faite de toutes les spécificités culturelles. Par conséquent, la diversité culturelle n’a pas pour vocation la perte des identités, au contraire, elle est faite de ces spécificités.

La diversité culturelle, une chance

« Reconnaître la diversité culturelle, c’est d’abord admettre que les cultures sont plurielles et non uniques ou homogènes », a affirmé M. Noussoglo, qui a ajouté que des instruments existent pour la protection des cultures à l’instar de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles adoptée à l’UNESCO à Paris le 20 octobre 2005 à la majorité de 148 pays pour, avec seulement 2 contre et une abstention. Le conférencier, l’a montré dans son exposé, que la diversité culturelle est une chance pour la promotion des identités.

Ces inquiétudes au regard des identités culturelles ont suscité l’intervention de M. Bienvenu Koudjo, Chargé de programme au Bureau Régional pour l’Afrique de l’Ouest (BRAO) de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) qui a fait une brève genèse la notion de diversité culturelle dont l’OIF est le promoteur.

Des industries culturelles en Afrique

Pour Cyriaque Noussoglo, les conditions de développement des industries culturelles en Afrique sont, entre autres, une volonté politique clairement affirmée des Etats et gouvernements africains, l’affirmation et la reconnaissance des liens évidents entre culture et économie, et donc entre culture et développement. La mise en place de politiques culturelles bien élaborées qui créent les conditions de développement des différents secteurs de la culture, devrait s’allier avec  la mise à disposition des créateurs et des secteurs de la culture de moyens financiers et humains ainsi que des infrastructures nécessaires.

En conclusion, l’orateur a proposé des pistes de solutions allant des réformes administratives et fiscales, à la lutte contre le piratage et le trafic illicite des biens culturels, en passant par les mesures d’encouragement des entreprises et des privés à investir dans la culture, de même que la sensibilisation des populations à participer aux efforts de développement culturel grâce à des conditions d’incitation à la consommation culturelle.

De ces propositions de l’orateur, l’enjeu pour les pays africains demeure une réelle prise de conscience de la place qu’occupe la culture dans le développement d’un pays, et surtout la définition et la mise en application de véritable politiques culturelles, de même que la facilitation de l’accès aux sources de financement des industries culturelles.

Il faut signaler que M. Kodjo Cyriaque Noussouglo est actuellement directeur régional de la culture (Lomé-Commune/Préfecture du Golfe, Togo) et président de la Coalition Togolaise pour la Diversité Culturelle (CTDC) affiliée à la Fédération internationale des coalitions pour la diversité culturelle. Il est également titulaire d’un Diplôme d’Études Professionnelles Approfondies (D.E.P.A) en gestion du patrimoine culturel obtenu en 2001 à l’Université Senghor d’Alexandrie (Egypte) et d’un Diplôme d’Études Approfondies (DEA) en philosophie de l’art et de la culture, obtenu en 2008 à l’Université de Lomé.

                                                                         Charles Ayetan

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