Félix Couchoro : Un pionnier de la littérature togolaise

Rendre un hommage mérité à l’écrivain Félix Couchoro et faire découvrir ou redécouvrir son œuvre, tel a été l’objectif principal d’un colloque international tenu à Lomé les 26 et 27 mars dernier, dans l’auditorium de l’Université de Lomé. Organisé par le Département des Lettres modernes de l’Université de Lomé (UL) en partenariat avec l’Association des Bibliothécaires – Réseau Lecture publique, avec l’appui de la Coopération française, ce colloque est placé sous le signe de la commémoration des 40 ans du décès de cet auteur.

Il s’agit pour les organisateurs de « restituer la plume et la vie de Félix Couchoro dans la littérature africaine et togolaise en particulier ». Cet auteur peu connu du grand public et longtemps occulté par la critique a pourtant écrit entre 1929 et 1970 vingt et un (21) romans dont quatre (4) seulement jusqu’à une date récente étaient édités en livres et les autres en feuilletons dans la presse, Togo-Presse notamment. Ces ouvrages aujourd’hui édités, relèvent du patrimoine littéraire togolais et nourrissent aujourd’hui de nombreux travaux de recherches d’universitaires sur le plan international…

Ce regain d’intérêt pour Félix Couchoro a permis de reconnaître que son œuvre est truffée de pertinence sociale, d’ambition esthétique et de diversités culturelles.

Pour le professeur Martin Gbenouga, chef du Département des lettres modernes à l’Université de Lomé, Félix Couchoro « est un auteur suffisamment riche mais pas assez connu. Aussi faut-il mener des actions visant à faire connaître davantage ce précurseur de la littérature togolaise ou mieux, africaine ».

Sous la plume de l’écrivain Comi Toulabor, on peut lire : « Félix Couchoro est un spécimen rare sur la Côte du Bénin qu’il n’a jamais quittée ». L’homme qui a reçu une éducation chrétienne, a été instituteur, journaliste, employé de commerce, agent d’affaires. On ne peut négliger son engagement politique anticolonialiste qui l’a contraint en exil en Gold Coast (actuel Ghana).

Au cours de ce colloque, 16 communications ont été données par des universitaires sur l’homme et son œuvre. Ainsi peut-on retenir que les grandes thématiques développées par Félix Couchoro sont toujours d’actualité : il s’agit, notamment, des questions de famille, de polygamie, de voisinage, de relations entre les individus avec les rivalités qu’elles engendrent. Plusieurs ont souligné la nécessité d’élaborer d’autres stratégies pour faire connaître davantage les auteurs et leurs œuvres, comme par exemple intégrer l’étude des ouvrages et auteurs togolais dans les programmes scolaires et universitaires. Il faut signaler la participation à ce colloque du fils de l’auteur à l’honneur, Edouard Joseph Couchoro, journaliste à la retraite, qui a fait un témoignage sur son père dont il a emboîté le pas dans l’écriture.

Qui est Félix Couchoro ?

Né le 30 janvier 1900 à Ouidah, au Dahomey (Bénin) de parents dahoméens, Félix Couchoro fait ses études primaires et le début de ses études secondaires respectivement à l’école catholique de Grand-Popo et au Petit Séminaire Sainte-Jeanne d’Arc de Ouidah de 1915 à 1919. Il est ensuite moniteur à l’école catholique de Grand-Popo de 1919 à 1924 avant de devenir gérant de la Société Commerciale de l’Ouest Africain (SCOA), d’abord à Athiémé, puis à Grand-Popo de 1924 à 1939. De 1931 à 1933 il dirige le journal l’Éveil Togolais qui deviendra l’Éveil Togo-Dahoméen.

En 1939, des tracasseries policières l’obligent à se réfugier à Anécho (Togo). De 1939 à 1952, il est agent d’affaires à Anécho et se lance parallèlement dans le mouvement de la décolonisation aux côtés des Nationalistes réunis dans le Comité de l’Unité Togolais (C.U.T), parti de Sylvanus Olympio ; il fait parti de l’équipe de rédaction des journaux nationalistes. En 1952, il se réfugie à Aflao au Ghana pour échapper à la répression policière.

Il revient au Togo en 1958, devient Rédacteur au Service de l’Information à Lomé. Il prend sa retraite en 1965 et meurt à Lomé le 5 Avril 1968.

Son premier roman « L’esclave » qu’il a écrit en 1926 a paru en 1929 en France aux Editions de La Dépêche Africaine à Paris. Amour de féticheuse et Drame d’amour à Anécho ont été «édités» par l’imprimerie de Madame P. d’Alméida à Ouidah (Boulevard de la Gare), respectivement en 1941 et 1950. L’héritage, cette peste, le quatrième roman, a paru en feuilleton dans Togo-Presse du 18 février au 16 avril 1963, avant d’être publié en volume autonome par Editogo la même année.

Le critique littéraire Alain Ricard a souligné entre autres, son « socialisme africain » nourri d’un humanisme chrétien à trois branches : « solidarité africaine », « éducation des filles » et responsabilité des élites ».

                        Charles Ayetan

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